Il faut appréhender l’@bs$rdité profonde qui se cache derrière cette manière de penser pour comprendre que décidément nous n’avons plus de limite dans notre chute.

Il n’y a que dans notre communauté qu’on peut mettre sur la même balance un entrepreneur disposant d’un capital de 200 millions de FCFA et un salarié africain simplement détenteur d’un passeport français.

Comme si détenir un document administratif suffisait à mettre face à face un entrepreneur avec la capacité de créer de la richesse, de bâtir des entreprises et de produire de la valeur rien qu’avec son état d’esprit.

Nous sommes devenus une communauté qui cherche davantage à justifier ses échecs qu’à construire sa propre puissance.

Pendant ce temps, les Chinois épousent des femmes camerounaises pour obtenir la nationalité camerounaise, non pas parce qu’ils considèrent ce passeport supérieur au leur, mais parce qu’ils raisonnent en termes stratégiques. Ils veulent accéder aux ressources, au marché local, aux opportunités économiques et aux avantages qu’offre la nationalité camerounaise.

Chez eux, ils pensent en mode stratégie. Nous pensons validation.

Pendant que le monde se prépare à affronter la nouvelle crise financière qui nous guette, notre peuple est une fois de plus perdu dans ce monde en pleine compétition. On se retrouve à débattre entre le passeport français et 200 000 000 FCFA. Cette sortie et tous les commentaires qui suivent démontrent de façon étrange que nous ne sommes même plus dans la compétition qui régit les peuples de ce monde.

Nous sommes dans la mendicité et le besoin d’acceptation.

Un Chinois qui vient au Cameroun acquérir le passeport camerounais ne le fait pas parce que l’un des passeports est plus important que l’autre. Il le fait pour des raisons stratégiques et essentiellement économiques.

Supposons que l’auteur de cette sortie dise cela compte tenu des avantages qu’offre le passeport français en matière de sécurité sociale, car en dehors de cet aspect, s’il veut parler de mobilité, cela signifie qu’il est loin de savoir que, dans le monde, plus près de la France, le Portugal, la Grèce possèdent respectivement des passeports facilement accessibles grâce à un simple investissement dans leur pays. Des passeports offrant de larges possibilités de déplacement à travers le monde. Dans les Caraïbes, il existe également des micro-nations qui accordent leur passeport après un investissement minimum de 100 000 USD.

C’est-à-dire que celui qui dispose de 200 000 000 peut simplement investir dans l’immobilier dans un pays comme Saint Kitts-et-Nevis ou créer une entreprise dans le domaine bancaire à Sainte-Lucie, et bénéficier ainsi d’un passeport donnant accès à plus de 150 pays sans visa.

Ce raisonnement est typique de notre communauté, et c’est ce qui nous rend vulnérables partout où nous allons, car les autres sont également sur ces réseaux sociaux et nous écoutent.

Mais hélas, la création de contenu et la recherche de visibilité, ne font pas bon ménage avec le manque d’imagination, d’innovation, voire le désert de créativité qui nous caractérise. Tout ceci ne peut que nous pousser à divaguer régulièrement sur les réseaux.

Dans une publication datant de janvier 2026, je soulevais déjà cette faiblesse de notre communauté.

Le titre était déjà évocateur. « EN OCCIDENT : UN ÉTUDIANT INDIEN AVEC BAC+2 RAPORTE PLUS À L’INDE QU’UN AFRICAIN AVEC BAC+7 ! »

Alors lisez le texte. « Si vous ne développez pas une ferme volonté effrénée de progrès permanent, une recherche des opportunités et une envie maladive de puissance, vous ne serez jamais utile, même à votre propre communauté […] Dès qu’un étudiant indien est en Occident, ses demandes dans ses groupes (constitués d’Indiens) sont toujours orientées vers la recherche de l’excellence. Ils ont des messages simples, mais quand tu vas dans le détail et analyses, tu te rends compte qu’ils visent des secteurs vraiment stratégiques qui combinent forte valeur ajoutée, création massive d’emplois et montée en gamme technologique très puissante.

Ils ont des messages dans le domaine de l’IT : services logiciels, cloud, IA, centres de données, et le BPO/KPO. BPO (Business Process Outsourcing) et KPO (Knowledge Process Outsourcing) sont deux types d’externalisation qui consistent à confier certaines fonctions de l’entreprise à des prestataires externes ; la différence réside dans le niveau de complexité et la nature des tâches.

Ensuite, ils font des messages puissants sur les services financiers : prise de participation dans des entreprises occidentales, banques, fintech, assurance, intermédiation financière, crypto, société holding, société offshore. Ce qui devient un élément central pour financer la croissance, formaliser leur économie et soutenir l’investissement en Inde de façon pérenne et sécurisée.

Ils vont parler régulièrement des services dans la logistique : ports, corridors industriels, hubs d’exportation, recherche de partenaires économiques. Ils chercheront des solutions pour faire le lien entre industrie, agriculture modernisée et services.

Ils parlent des projets pharmaceutiques : méthodes de mise sur pied de nouveaux médicaments génériques, dispositifs médicaux et services nécessaires pour le faire.

Ils sont dans des secteurs qui répondent à la fois à une énorme demande dans leur pays et à un marché mondial en croissance, tout en étant porteurs de gains technologiques.

Surtout, ce que je remarque, qui semble extrêmement important pour eux, c’est l’éducation en ligne. Presque tous font des formations en ligne où ils dispensent des cours régulièrement.

Quand tu sors de leurs groupes et arrives chez nos frères avec des Bac+7 voir plus, ils ont pratiquement tous le même profil en termes de projets :

Tous veulent venir en Afrique faire :

– de l’agriculture.

– Cultiver la banane plantain.

– Faire de la pisciculture.

– Cultiver la patate douce séchée, ensuite écraser et vendre.

– Créer une boulangerie avec la farine de manioc.

– Devenir des coachs de couple (pourtant, ils ont 7 enfants avec 7 pères ou 7 mères).

– Les plus intelligents investissent dans les appartements meublés pour encourager la jeunesse à consommer des stupéfiants et à faire de la prostitution.

– Les plus cyniques sont ceux qui sont allés en Occident, vivent dans des situations permanentes de solitude, de stress et de dépression. Au lieu de conseiller aux frères du pays de rester sur place avec de vrais projets comme les jeunes Indiens, ils se lancent dans le business d’hémorragie des cerveaux. En ouvrant des bureaux d’immigration ou en animant des comptes TikTok en longueur de temps pour vider le continent de sa main-d’œuvre.

Ça aurait été acceptable si, une fois sur place, l’insertion était en mode bottom-up (du bas vers le haut), mais non : c’est le mode top-down (du haut vers le bas). Ils y vont surdiplômés et se retrouvent à faire des petits boulots.

Récemment, j’étais sur la page Facebook d’un professeur agrégé des universités, chirurgien orthopédiste et traumatologue de surcroît, un homme politique camerounais qui aspirait même à être président de la République de ce pays.

Il était sur une photo avec 3 ignames qui, sans doute, sortaient de son champ. Il disait : « La terre ne ment pas », une façon subliminale de dire aux jeunes : « Lancez-vous dans l’agriculture. »

Pourtant, il a fait de sa fille une docteure orthopédiste comme lui. Un autre professeur fait de sa fille une docteure, mais lui encourage les jeunes et enfants des pauvres à aller en Occident chercher un avenir meilleur pour eux et leurs frères restés au pays.

Il encourage ces derniers à rentrer en Afrique, acheter des terres, cultiver le piment ou le tournesol et créer ensuite une usine en cachette d’huile de tournesol qu’ils vont également vendre en mode « sous-marinage » : vendre clandestinement par peur qu’on découvre qu’ils font de l’industrie du piment dans leur chambre, car leur objectif est de sortir un jour et de surprendre tout le monde.

Voilà le raisonnement que produit le cerveau des éminents professeurs africains, les gens sur qui les jeunes comptent pour développer leur cerveau afin de confronter les jeunes des autres peuples.

Au carrefour du donner et du recevoir, quand les jeunes des autres peuples proposeront des holdings, des solutions IA, des fusées en direction de l’espace, nos jeunes proposeront quoi la culture du tournesol ou du manioc cultivé en cachette dans un village de Matomb 2 ?

Ce qui est énigmatique dans tout ceci, c’est que ceux qui croient à ces s@tt∆ses sont souvent des gens vivant en Occident avec au moins un Bac +7.

Dès qu’ils prennent la parole dans leur famille, on les écoute parce qu’on pense que, puisqu’ils ont vécu en Occident, ils y ont acquis un solide bagage et reviendront avec des propositions innovantes et révolutionnaires.

On se retrouve d’un côté avec des jeunes Indiens avec Bac+2 en Occident qui finissent avec une diaspora forte, des talents IT offshore qui se mettent en groupe pour créer des sociétés holdings offshores, des fonds souverains, [des capitaux risques] qui rentrent développer leur pays…

De notre côté, on se retrouve avec une érosion des compétences, un exode massif des médecins, ingénieurs qui finissent comme chauffeurs Uber et livreurs Deliveroo.

Si vous voulez sortir de ce cycle pernicieux et infernal qui nous suit comme une mauvaise malédiction jetée à notre peuple (autrefois de guerriers), nous vous donnons une dernière chance (l’unique) d’adhérer au plus grand réseau d’intermédiaires financiers africains au monde, ou à celui du plus vaste réseau de négociants de matières premières africaines au monde.

Cliquez immédiatement ici https://www.startupane.com/for…/intermediation-financiere/ ou ici https://www.startupane.com/cours/

Certains Camerounais sont convaincus que le passeport français est largement supérieur, non seulement au passeport camerounais, mais aussi qu’un créateur de richesse, disposant de la nationalité camerounaise et de 200 000 000 FCFA supplémentaires, ne vaut pas l’obtention d’un passeport, ne serait-ce que français.»

CONCLUSION

Le désir de créer du contenu et le besoin de visibilité ne font pas bon ménage dans un esprit inimaginatif et peu innovant, c’est pourquoi nous assistons tristement et de façon impuissante à cette descente dans les abîmes de notre communauté.

Nous nous sommes réveillés du jour au lendemain avec cet outil qui est Internet, ne pouvant rien apporter de façon constructive et évolutive au reste du monde, encore moins à notre communauté. Nous plongeons chaque jour dans les abîmes.

Même si certains pensent de la sorte, (de la supériorité du passeport francais sur 200 000 000 FCFA), quelle est l’utilité de prendre une caméra et de produire une vidéo d’une telle humiliation ?

Il est vrai qu’en Occident le seul peuple qui expose ses secrets reste le peuple noir. Il n’est pas rare de voir des personnes qui, pour des raisons diverses, vont dénoncer leur compatriote aux autorités des pays d’accueil et exposer les combines qu’ils utilisent pour s’en sortir.

Pendant ce temps, les autres peuples, malgré leurs antagonismes et divergences profonds, ne dévoilent pas leurs combines, n’invitent pas les autorités à trancher dans leurs problèmes intercommunautaires.

La communauté no$re ne s’arrête pas à dénoncer, nous allons jusqu’à livrer nos partenaires de vie sur la base de faux témoignages dans le simple but de gonfler nos narines pour se croire importants en oubliant que nous fragilisons et affaiblissons notre communauté (c’est pourquoi dans tous les pays on ne consulte jamais la communauté noire lors des décisions de la cité pourtant les communautés indienne, chinoise, turque, pakistanaise, sont consultées lors des grandes décisions). Notre faiblesse et manque de cohésion jouent en notre défaveur. Après, on s’étonne que dans tous les quatre coins du monde nous sommes traités comme de la r@caill€.

Les autres communautés présentes à l’étranger partagent souvent un même idéal : conquérir leur pays d’accueil, s’y imposer et occuper les secteurs les plus stratégiques de la société.

C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi, au Canada, la communauté indienne est aujourd’hui l’une des communautés les plus fortement représentées à tous les niveaux, que ce soit sur le plan fédéral, provincial ou municipal.

On retrouve des Canadiens d’origine indienne dans les sphères les plus influentes : politique, commerce, administration, entrepreneuriat et institutions publiques.

Ils occupent des postes de CEO des très grandes entreprises, de ministres, de députés et dirigent d’importantes instances de décision.

Cette présence leur garantit une écoute attentive ainsi qu’une véritable défense des intérêts de leur communauté.

La communauté indienne dite sikhe du Canada, en particulier, possède aujourd’hui un poids politique, économique et culturel considérable.

Pendant ce temps, nous autres, au lieu de construire des réseaux solides et de nous soutenir mutuellement, nous nous retrouvons trop souvent dans des associations créées uniquement pour dénoncer ou affaiblir nos propres frères. Et cela, pour finir, ne fait que fragiliser davantage notre communauté.

C’est ce raisonnement qui pousse certains de nos frères ayant obtenu une nationalité étrangère à croire qu’ils sont devenus supérieurs aux Camerounais détenteurs d’un passeport camerounais. Une supériorité imaginaire, construite sur un document administratif plutôt que sur la valeur réelle de l’être humain.

Le plus triste dans tout cela, c’est qu’un Chinois possédant un passeport camerounais, américain ou français ne se considérera jamais comme supérieur à un autre Chinois resté au pays, encore moins à un entrepreneur chinois qui construit, travaille et fait avancer sa communauté. Chez eux, la solidarité dépasse les frontières et les papiers.

Mais chez nous, cette maladie mentale semble avoir atteint un stade alarmant.

Nous devons guérir de ces maux. Nous avons besoin d’un véritable réveil collectif, presque d’une séance de désenvoûtement de masse pour libérer notre peuple de cette manière de penser qui nous détruit de l’intérieur.

Cela me rappelle l’histoire de deux prisonniers enfermés dans la même cellule. L’un refusant sa condition de détenu et cherchant désespérément un moyen de s’évader. Après de nombreux efforts, il parviendra enfin à escalader la clôture de la prison. Mais au moment où il tentait de retrouver sa liberté, son codétenu attrapa ses jambes et se mit à crier : « Gardien ! Gardien ! Je l’ai attrapé, il voulait s’évader ! »

Cette obsession autour du passeport bordeaux illustre parfaitement l’état d’esprit de certains membres de notre communauté. Certains sont enfermés dans une prison mentale héritée du colonisateur. Au lieu de chercher eux aussi la liberté, ils veulent absolument voir tous les autres rester enfermés avec eux.

La simple rédaction de ce texte est un véritable camouflet pour notre communauté. Pendant que les autres rédigent des textes pour apporter des solutions à leur peuple, nous autres sommes contraints de perdre un temps précieux à rédiger un texte de déconstruction et de dézombification de masses ; un temps et une énergie gaspillés. Pendant que les autres peuples développent des choses utiles à l’humanité, nous sommes en arrière, en train de sauver les membres de notre communauté du naufrage causé par nos propres frères. L’exercice aurait été moins affligeant si la remarque venait d’un membre d’une autre communauté.

On aurait compris que c’est dans leurs agendas (minimiser, voire chosifier l’Africain), mais venant d’un des nôtres, l’exercice est encore plus difficile.

On comprend que si un entrepreneur français arrive devant une personne comme celle-là avec un passeport français et 200 000 000 FCFA, il donnera ciel et terre car, selon lui, le Français possède tout ce qu’il y a de plus cher au monde, le passeport et l’argent.

Ernest Tchakoute

Douala le 26/05/2026 – 11H02