Cette réponse fait suite à une polémique soulevée par Philippe Simo d’Investir au pays qui affirme que si un jeune n’a pas sa résidence à 30 ans, il est bon pour la pauvreté. Par la suite, Patrice Nzianse, dit Pat Labz sur les réseaux, a apporté ce commentaire qui, pour lui, relevait de l’humour, sauf qu’il a déclaré que c’était de l’ironie après que mon texte soit publié.  —– LISEZ —

 

Tu ne peux pas tenir de tels propos. Le faire, c’est cautionner une dérive qui affaiblit notre communauté.

Il y a d’ailleurs une contradiction entre les principes que tu défends habituellement et ce que tu viens d’écrire.

Tu m’as toi-même expliqué comment la Chine encadre la prise de parole publique lorsqu’elle estime qu’un discours est nuisible à l’intérêt collectif, en particulier lorsqu’il influence la jeunesse. Tu m’as cité le cas de Jack Ma : après ses déclarations, le Parti communiste chinois l’a recadré, et tu considérais cette réaction comme cohérente au regard de la responsabilité qu’implique une telle influence.

Si tu estimes qu’un leader d’opinion doit être responsable de ses paroles ailleurs, tu ne peux pas défendre une logique différente lorsqu’il s’agit de notre propre communauté. On ne peut pas admirer la rigueur des autres et pratiquer la complaisance chez nous.

Une prise de parole vide, sensationnaliste ou abusive n’est jamais anodine. Lorsqu’elle est relayée par une personne suivie par des milliers de jeunes, elle contribue à banaliser des comportements qui peuvent les exposer davantage et les détourner de l’effort, de la discipline et du mérite.

Hier encore, nous dénoncions le phénomène de nos sœurs parties en Arabie dans des conditions humiliantes, notamment à travers le phénomène du « porta-potty ». Pourtant, ce type de dérive ne naît pas par hasard. Il est aussi la conséquence d’une culture qui laisse croire que la réussite peut s’obtenir sans construire de compétences ni gravir les étapes nécessaires.

Le contraste est révélateur. Lorsqu’un professeur publie des analyses qui élèvent le niveau de connaissance des Africains, elles passent presque inaperçues. En revanche, un contenu superficiel ou polémique mobilise immédiatement des milliers de réactions.

Ce déséquilibre en dit long sur notre niveau d’implication dans les véritables enjeux contemporains : les guerres économiques, financières, technologiques et informationnelles. Sur ces sujets, notre mobilisation reste dramatiquement faible.

Hier, dans un commentaire, Amadou Plus est allé jusqu’à me dire de faire comme lui. Voilà jusqu’où nous sommes allés. Selon Mamadou, je dois faire du buzz car celui qui fait le buzz a plus de valeur que celui qui produit du vrai contenu.

Je produis un contenu que même des PhD de notre communauté ne comprennent pas, et tu veux que mon contenu ait la même portée ? Je transmets un savoir élitiste, pas du buzz. Tu connais combien de personnes qui apportent de la vraie valeur ajoutée en faisant du buzz ?

C’est là qu’on comprend qu’il est difficile de vulgariser des sujets complexes. Mais cela ne justifie pas de promouvoir des contenus qui privilégient le sensationnel au détriment de la responsabilité.
On ne peut pas alimenter une culture du vide puis regretter que les contenus de qualité ne trouvent plus leur public.

Si nous étions un peuple sérieux avec une dynamique de puissance, on exigerait qu’il demande pardon publiquement, ensuite qu’il retire ses propos et les contenus en question. Hélas nous sommes des grands enfants qui ne connaissons pas les limites du danger.

Ailleurs, les personnalités publiques sont rappelées à leurs responsabilités lorsque leur influence devient préjudiciable.

Voici quelques exemples venant des peuples qui ont de la rigueur dans la façon de faire, ils ont un bon régulateur des expériences sociales.

En Inde, en février 2025, le podcasteur Ranveer Allahbadi a présenté des excuses publiques après des propos jugés déplacés.

Une commission parlementaire (oui le parlement) s’est saisie de l’affaire, il a remis des excuses écrites à la Commission nationale des femmes, et la Cour suprême est intervenue en suspendant son émission et en ordonnant le dépôt de son passeport.

Aux États-Unis, en octobre 2022, Kim Kardashian, la célèbre Kardashian, a été condamnée par la SEC à une amende de 1,26 million de dollars pour avoir promu un actif financier sans révéler sa rémunération (elle avait perçu 250 000 USD). Son immense audience ne l’a pas protégée ; elle a renforcé sa responsabilité.

En Chine, dès avril 2024, les autorités ont lancé une campagne contre les influenceurs mettant en scène une richesse ostentatoire afin de protéger les jeunes de modèles de réussite artificiels. Plusieurs milliers de contenus ont été supprimés.

Puis, en octobre 2025, une nouvelle réglementation a imposé aux créateurs de contenu de justifier de qualifications vérifiées avant de s’exprimer sur la médecine, la finance, le droit ou l’éducation.
L’objectif était clair : empêcher que des millions de personnes prennent des décisions importantes sur la base de conseils donnés par des personnes sans expertise.

Ces exemples proviennent de pays aux systèmes politiques très différents, mais ils convergent vers une même idée : une grande audience n’est pas seulement un privilège, c’est une responsabilité.

je suis toujours chagriné par cette légèreté intellectuelle que nous avons dans notre communauté, une légèreté qui tend à devenir une norme, aucune rigueur dans rien, nous traitons les sujets les plus déterminants pour notre avenir collectif avec une désinvolture inquiétante, alors même qu’ils concernent directement la prochaine génération.

Nous vivons en oubliant que nous sommes dans un monde où tout est globalisé. Les autres nous observent, analysent nos comportements et voient comment nous traitons des sujets aussi sérieux.

Et, les connaissant, ils préparent leur stratégie et viendront demain avec des choses plus puissantes pour abrutir notre jeunesse ; dans notre légendaire indignation sélective, on sortira nos mouchoirs pour pleurer.

Soyons donc cohérents. Exigeons de ceux dont la voix porte qu’ils mesurent le poids de leurs paroles et la portée de leurs messages.

Un leader d’opinion n’a pas seulement le droit de s’exprimer ; il a le devoir de le faire avec discernement.
——————v———————————–
Nous serons du côté de Singapour du 21 au 26 novembre 2026, justement pour briser ce type de mentalité. On ira directement à la rencontre des entreprises spécialisées dans le négoce et l’intermédiation financière et par la suite nous serons à la plus grande foire des hydrocarbures au monde, OSEA.

La question que chacun devrait se poser est simple : souhaitez-vous continuer à observer ces opportunités de loin, ou être dans la salle où elles se créent ?

Découvrez le programme complet et réservez votre place ici :

Ernest Tchakoute
Douala le 06/08/2026 — 12h32