Lorsqu’on est dans une société en pleine décrépitude telle que la nôtre, une société où la violence est quasi permanente, quand les jeunes dans une cour d’école à la récréation au lieu de jouer aux billes ont plus des couteaux cachés dans leurs culottes prêts à s’entre-déchirer, quand c’est un mari qui violente son épouse ou sa compagne.
Et quand, pour couronner le tout, la police ou la gendarmerie, au lieu de rétablir l’ordre, deviennent elles aussi partisanes, brutalistes, parfois assassines, le pays est en danger.
Alors oui : le pays est en danger.
En sciences politiques, en sociologie et en psychologie sociale, le phénomène où un peuple ne ressent plus la peur de la mort après y avoir été trop exposé porte un nom : la normalisation de la violence et de la mort.
Ça devient très grave, car le peuple entre dans ce qu’on appelle, en psychologie, l’habituation traumatique.
C’est pourquoi les autres peuples ont très vite compris que la mort de l’un des leurs est un sujet national : pour un seul mort, tout un gouvernement se mobilise, le président de la République descend sur les lieux on cherche la cause en prenant des mesures pour qu’elle ne se reproduise plus.
La particularité qui existe entre les autres peuples et nous, c’est qu’ils ont fait de la vie humaine une valeur sacrée.
Ils en ont fait un droit indiscutable et ont garanti en rendant la justice véritablement libre et équitable pour tous.
Quand la justice est libre, chacun mesure les conséquences de ses actes.
La mort d’Anicet EKANE n’aurait jamais dû se produire.
Pas maintenant.
Pas comme ça.
Tout aurait dû être fait pour le protéger, le sauver, le maintenir en vie.
Le message renvoyé au peuple est très mauvais, car aux yeux de ceux-ci, le sentiment de révolte s’installera, alimenté par le conditionnement par l’exposition répétée à la mort.
Ensuite, les chancelleries étrangères archiveront et au moment venu elles s’en serviront contre nos intérêts.
Quand nos dirigeants iront à la table de négociation, toutes ces choses surgiront et seront utilisées contre les intérêts de notre nation.
Contrairement à ce que beaucoup pensent, les relations entre États ne sont jamais amicales : chaque camp utilise tout ce qu’il peut pour affaiblir l’autre.
Au début l’oppression et les assassinats font peur au peuple, mais avec le temps la peur se transforme en résistance, les gens finissent par intérioriser que « d’une façon ou d’une autre ils finiront par nous liquider » et ce sentiment anesthésie la pensée et le peuple devient comme des zombies sans plus aucune peur.
Au lieu d’avoir peur du danger, ils entreront dans la phase d’apprentissage du danger.
Voilà la véritable catastrophe :
La banalisation de la mort d’un citoyen finit par banaliser la mort de tous — du plus simple citoyen au plus haut sommet de l’État.
REPOSE EN PAIX ANICET EKANE.
Je suis profondément choqué.